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Comment diversifier son portefeuille boursier au-delà du PEA ?

Un plafond de versement à 150 000 euros, des titres restreints aux valeurs européennes : le PEA a ses règles, et elles finissent par rattraper les portefeuilles les plus actifs. En 2025, un peu plus de 1,9 million de Français ont passé au moins un ordre d’achat ou de vente d’actions, soit une hausse de 21 % par rapport à 2024, selon le tableau de bord de l’Autorité des marchés financiers. Beaucoup d’entre eux finissent par se heurter aux mêmes limites de plafond et de zone géographique. Passé ce cap, ou pour sortir du seul marché européen, une autre enveloppe prend le relais, sans avantage fiscal particulier, mais sans restriction de montant ni de titres.

Le plafond du PEA, une limite qui rattrape vite les portefeuilles actifs

Le plafond de versement du PEA reste fixé à 150 000 euros en 2026, un seuil inchangé par la loi de finances en vigueur. Un même contribuable ne peut détenir qu’un seul PEA classique, mais il peut le compléter par un PEA-PME-ETI, ce qui porte le total cumulé à 225 000 euros. Au-delà de ce montant, ou dès qu’un investisseur vise une action non européenne, le PEA ferme la porte : seuls les titres de sociétés basées dans l’Espace économique européen y sont éligibles.

Passé ce cap, ouvrir un compte-titres pour diversifier son portefeuille lève cette double contrainte : aucun plafond de versement, et un accès direct aux actions américaines, asiatiques ou latino-américaines, aux obligations et aux produits dérivés. Le compte fonctionne toujours avec un compte espèces associé, qui encaisse le produit des ventes et finance les achats suivants. Les deux enveloppes ne s’excluent pas : un PEA déjà au plafond et un compte-titres ouvert en parallèle coexistent sans aucune limite globale commune.

Une fiscalité plus lourde, sans aucune restriction de plafond

Sur ce type de compte, les plus-values et les dividendes ne bénéficient d’aucune exonération : ils sont taxés dès le premier euro au prélèvement forfaitaire unique, désormais fixé à 31,4 %, soit 12,8 % au titre de l’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis le relèvement du taux social intervenu en 2026. Un investisseur peut aussi opter pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu si sa tranche marginale s’y prête mieux. Cette fiscalité plus lourde reste, pour beaucoup, le prix à payer pour une liberté totale de versement et de choix de titres.

L’accès aux marchés mondiaux, un vrai levier de diversification

Rester cantonné aux seules actions européennes coupe l’accès à une bonne partie de la croissance boursière mondiale. Au 30 juin 2026, l’indice MSCI World regroupe 1 283 entreprises situées dans les pays développés, dont 72,4 % de poids en actions américaines et 30,3 % dans le seul secteur technologique. Un portefeuille limité au PEA reste, par construction, à l’écart de cette concentration, faute de titres éligibles dans ces zones. À titre de comparaison, l’indice MSCI Europe, qui regroupe les principaux marchés développés du continent, ne pèse qu’environ 19 % du MSCI World à la même date : rester sur le seul PEA revient, de fait, à laisser de côté plus de huit dixièmes de la capitalisation boursière mondiale.

Le compte-titres ouvre l’accès à ces valeurs sans restriction géographique, ainsi qu’aux marchés obligataires, aux trackers non éligibles au PEA et à des fonds plus spécialisés. Cette diversification géographique et sectorielle explique en partie le regain d’activité observé chez les particuliers : 56 millions de transactions ont été enregistrées en 2025, contre 41 millions en 2024, d’après l’AMF. Pour un investisseur déjà à l’aise avec le PEA, élargir l’univers accessible devient souvent une étape naturelle plutôt qu’un pari.

Un attrait qui progresse, mais reste minoritaire

En 2025, 35 % des Français se disent prêts à investir en actions dans les douze prochains mois, un niveau en hausse de cinq points sur un an, selon le baromètre annuel de l’AMF de l’épargne et de l’investissement. Cette intention progresse alors que quatre foyers sur dix ne détiennent encore aucun produit d’investissement. Pour ceux qui franchissent le pas et construisent un premier portefeuille solide, la question du support complémentaire ne se pose généralement qu’après plusieurs années, une fois le plafond du PEA en vue ou l’envie de sortir du seul marché européen affirmée.

Le compte-titres ne remplace pas le PEA : il en prolonge les possibilités là où celui-ci s’arrête. Fiscalité plus lourde d’un côté, absence totale de plafond et de restriction géographique de l’autre. Le bon arbitrage dépend surtout du montant déjà investi, de la zone géographique visée et de la tranche d’imposition de chacun. Un point suffit souvent à trancher un choix qui semble compliqué : où se situe, aujourd’hui, la limite réelle du PEA. Tant que cette limite n’est pas atteinte, rien n’oblige à se précipiter vers une seconde enveloppe.



Thomas Martin, journaliste spécialisé dans la finance depuis 2019. Suivez-moi sur Linkedin. Ajouter notre fil RSS